A l’heure d’écrire ces lignes, le gouvernement belge n’est toujours pas formé. Le sera-t-il à la fin de novembre ou de l’année, la question a peu d’intérêt car la lassitude est déjà dans tous les esprits. La formation du gouvernement sera bientôt un non événement, non seulement en raison du temps mis à le former mais, plus encore, de la répétition des hostilités entre partis associés.

Ce gouvernement n’aura aucune force d’entrain et une atmosphère de fin de règne l’accompagnera tout au long de sa courte existence puisqu’il aura, tout au plus, deux ans pour faire ses preuves.

Comment croire, dans un tel contexte, que ce gouvernement sera celui de l’apaisement et de la stabilité ? Non seulement les partis associés s’étriperont sur l’interprétation et l’application des accords institutionnels mais la crise économique et financière les obligera à assumer des choix d’une rigueur extrême, souvent incompatibles avec les engagements pris devant les électeurs de l’un ou l’autre bord idéologique.

Droite et gauche associées pour faire face aux défis de la crise internationale, voilà un attelage qui n’ira pas très loin.

L’euphorie forcée, qui a accompagné la conclusion des accords institutionnels, est déjà retombée. Personne n’est dupe. Ces accords ne préparent pas l’avenir mais sont, au mieux, un pis-aller pour gagner du temps. Telle est la seule raison que peuvent encore invoquer les partis francophones pour tenter de justifier l’inacceptable.

MR, PS, CDH et Ecolo ont, en effet, accepté des accords qui affaibliront fortement Bruxelles et la Wallonie. Le cynisme de ceux qui croient qu’ils peuvent sacrifier les droits des 150.000 francophones de la périphérie pour calmer les appétits du nationalisme flamand, sera vite rattrapé par les nouvelles outrances des politiques flamands pour forcer une étape supplémentaire vers le confédéralisme. Le mal belge tient, en partie, en l’absence d’un projet d’avenir pour la Wallonie et Bruxelles.

Trop de dirigeants francophones croient, comme Gérard Deprez, qu’ils gagnent la course de vitesse contre le séparatisme flamand en acceptant les exigences toujours plus insupportables de la Flandre politique. Que d’injustices subies par les francophones au nom de cette logique infernale ! Ces accords en donnent une nouvelle preuve. Les quatre partis francophones associés à la négociation n’ont même pas eu le courage de faire respecter le suffrage universel dans trois communes dont les bourgmestres ne sont toujours pas nommés.

En abandonnant la démocratie et en acceptant l’arbitraire, MR, PS, CDH et Ecolo font la preuve de leur impuissance à faire respecter les Wallons et les Bruxellois. Ils se sont résignés car ils n’ont plus la force de l’indignation. Ils n’ont pas fait le choix de la responsabilité mais de la peur.